Le Magazine Littéraire et le Polar

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Le Magazine Littéraire et le Polar

Message  xafred le Jeu 6 Oct 2011 - 18:15

Je découvre sur le site du Troisième Oeil que le Magazine Littéraire à consacré en 2009 un hors-série au polar. Je l'ignorais, mais à lire le sommaire et surtout l'éditorial (que je reproduis ci-dessous) je ne regrette pas de l'avoir manqué. Encore une fois on donne dans le culte du noir, dont on proclame le triomphe ultime alors que - sauf exceptions rarissimes comme Ellroy ou Lehane - c'est le sous-genre de la littérature criminelle qui se vend le moins (en plus d'être le moins intéressant, mais cela n'engage que moi) sans oublier l'hommage obligatoire à St. Jean-Patrick Manchette:


" Genre poétique, poétique du genre

Polar. Le dernier hors-série du Magazine Littéraire est consacré au polar. Étrange coïncidence, tous les treize ans, Le Magazine Littéraire retrouve dans sa ligne de mire la littérature policière. Les deux derniers numéros consacrés au polar – ceux d’avril 1983 (n° 194) et de juin 1996 (n° 344) – notaient, au-delà de l’évolution de son paysage éditorial, l’incroyable vitalité du genre.

Ils nous promettaient même pour demain un polar «littérarisé», un roman «noir» pour les puristes qui non seulement métaboliserait les réalités sociales, politiques, économiques de la planète, mais serait de surcroît le terrain de jeu, propice sinon privilégié, de toutes les audaces stylistiques. Avec une intrigue reléguée assez loin derrière les ambitions narratives.

Treize ans plus tard, donc, les maîtres d’oeuvre de ces dossiers – François Guérif et le regretté Jean-Pierre Deloux – avaient visé juste. Il suffit de lire Souvenez-vous de moi, le dernier roman de Richard Price, le plus grand dialoguiste de l’Amérique selon Dennis Lehane, qui n’est pas empoté en la matière. Dans ce roman, en librairie le 13 août et dont nous livrons la critique en avant-première (p. 10), celui qui fut le scénariste, entre autres, du Baiser de la mort de Barbet Schroeder (1995), n’utilise pas le meurtre comme principal ressort narratif. Le crime y devient le pied-de-biche brisant les verrous qui séparent les diverses communautés du Lower East Side. Et ce mort en guise de trait d’union devient «le sauveur de l’ordre d’une époque en désordre» (l’expression est de Jorge-Luis Borges, fervent amateur d’énigmes).

Le vrai, le seul sujet de Richard Price tient tout entier dans l’analyse anthropologique de ce quartier de New York où l’auteur, natif du Bronx, a déménagé pour en saisir toutes les équivoques. Ainsi peut-il se prémunir des stéréotypes qui, comme le déplorait déjà, en 1979, Jean- Patrick Manchette, constituent la principale dérive du roman noir. Le père fondateur du néopolar, auquel ce hors-série rend hommage, craignait même que, par ce travail sur ses propres codes, le genre ne meure d’être devenu «référent autonomisé».


Preuve d’une étonnante vigueur, le roman noir a su évoluer. Et si les stéréotypes génériques n’ont pas complètement disparu, leur dilution a permis à certains auteurs, notamment en France, d’être publiés dans des collections dites «blanches». Songeons que Maurice G. Dantec, Virginie Despentes ou Richard Morgiève incarnaient, hier, le renouveau du polar… Une de nos éminences noires, Jean-Bernard Pouy est encore plus radical. Dans cette bataille pour sa survie, «le roman noir a enfoncé le roman policier dans les poubelles de l’histoire et le roman à énigme dans le compost du sudoku ».

L’ambition de ce numéro n’est certainement pas de rejoindre quelque belligérant, mais de vous offrir, en suivant une perspective historique embrassant la longue durée, d’Egar Poe à James Ellroy, un autre regard sur le roman noir. Un genre que Manchette, toujours et encore lui, définissait comme une «littérature de crise». S’étonnera-t- on, au vrai, qu’un un livre sur cinq vendus aujourd’hui en France soit un polar ? Après tout, G. K. Chesterton, créateur du désopilant prêtre détective Father Brown, l’envisageait comme «l’unique branche de la littérature où se trouve exprimé un certain sentiment poétique de la vie moderne». C’était au début du siècle dernier… "

La citation de Pouy est dans la droite ligne de ses attaques contre AC; le mépris dont les fans de noir couvrent la littérature véritablement policière, et surtout le roman d'énigme, mériterait une étude - et trouve rarement une réponse.
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Re: Le Magazine Littéraire et le Polar

Message  hélène le Jeu 6 Oct 2011 - 19:40

Mais enfin, cher Xafred, ça date de 2009, et vous nous avez fait un topic "une impression";
2009 c'est la préhistoire...

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Re: Le Magazine Littéraire et le Polar

Message  Gregory le Jeu 6 Oct 2011 - 19:58

L'article cite aussi Chesterton et Borges (ces deux là au moins étaient excellents).
La fameuse déclaration de Pouy, c'est du grand n'importe quoi. C'est vrai que certains passionnés de roman noir ont tenu des propos extrêmement véhéments contre le roman d'énigme (et même contre certains auteurs en vogue, dernièrement Fred Vargas a subi leurs foudres).
Je trouve cette attitude (qui moi aussi me rend perplexe) déplorable car elle donne une mauvaise image des amateurs de polars, mais je pense que c'est le fait d'une minorité.

Mais le dossier (juste une supposition, je ne l'ai pas lu) n'était peut-être pas focalisé sur le polar noir car il me semble que le critique de romans policiers du Magazine Littéraire était (est encore?) Alexandre Lous (alias JB Baronian), plutôt bienveillant dans ses articles à l'égard des romans policiers classiques.
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Re: Le Magazine Littéraire et le Polar

Message  xafred le Sam 8 Oct 2011 - 10:17

Gregory a écrit:
La fameuse déclaration de Pouy, c'est du grand n'importe quoi. C'est vrai que certains passionnés de roman noir ont tenu des propos extrêmement véhéments contre le roman d'énigme (et même contre certains auteurs en vogue, dernièrement Fred Vargas a subi leurs foudres).
Je trouve cette attitude (qui moi aussi me rend perplexe) déplorable car elle donne une mauvaise image des amateurs de polars, mais je pense que c'est le fait d'une minorité.

Dans la mesure où ces attaques émanent souvent d'auteurs assez confidentiels (en dehors du milieu, s'entend) et visent le plus souvent des auteurs à succès (Vargas, Christie ou Coben qui n'est pas non plus en odeur de sainteté chez les "spécialistes") on est tenté d'invoquer Bernanos. Twisted Evil
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