la Vache qui lit

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la Vache qui lit

Message  hélène le Mar 2 Avr 2013 - 18:38

Fanzine qui publie de temps à autre des articles sur les CCCI. Ci-après le n° d'avril. j'ai fait un copier-coller du tout (peut-être y a-t-il des forumeurs du coin)

Nous n’avons d’autre choix que le noir (V. Hugo)
LA VACHE
QUI LIT
8, rue Galliéni - 87 100 - LIMOGES
Tél/Avril 2013 - N° 137 fax: 05 55 77 34 52
e.mail: serge.vacher@wanadoo.fr
EDITO :
Voilà qu’arrive doucement avril,
mois des blagues !
J’en connais quelques unes bien
sûr, mais elles sont surtout visuelles.
Par exemple, celle du pêcheur
manchot qui dit à son pote :
« L’autre jour, sur la Gartempe,
j’ai pêché une putain de truite
comme ça ! »
Ben ouais … Vous voyez. Lue, elle
ne fait rire personne.
Par contre, certains s’y entendent
pour faire rire leurs lecteurs. Je
parle de Donald Westlake, encore
lui. Dans celui que je suis en train
de dévorer, il est question d’un
type qui se pavane au milieu des
starlettes coureuses de dote dans
un Club Med’ quelconque de la
Floride.
Vous savez, ce genre de type qui
vous regarde avec des yeux qui vous
disent : « Et ouais ! Je suis riche et
pas toi. »
Westlake, c’est un bon !
S. V.
SOMMAIRE :
- CHAMBRES CLOSES
(XVII)
Spécial Egypte des Pharaons
Par Jean MYARD

En matière de chambres closes, comme vous avez pu le constater
depuis maintenant une quinzaine d’années, je ne me
contente pas ou plus de donner simplement mon opinion sur
telle ou telle oeuvre mettant en scène un crime en chambre
close mais je m’efforce à chaque fois de trouver un angle ou
un thème pouvant permettre une analyse approfondie de plusieurs
oeuvres ou d’aborder ce thème qui nous est cher d’une
manière inattendue ou originale.
Dans cette optique, j’avais déjà lu depuis un certain temps
« La chambre d’Horus » de Paul Halter et je furetais dans le
rayon roman policier de la bibliothèque municipale de mon
quartier quand je suis tombé sur « Meurtres au nom d’Horus
» de Paul Doherty. Sachant que cet auteur avait déjà,
sous son nom ou sous divers pseudonymes, abordé de nombreuses
fois avec succès le thème de la chambre close, j’ai emprunté
ce livre et je ne le regrette pas et j’espère que vous
non plus, chers lecteurs, car je vous invite à m’accompagner
pour un long voyage à la découverte de l’antiquité égyptienne
à travers l’analyse de ces deux romans évoquant chacun à
leur manière le mythe d’Horus.
CHAMBRES CLOSES (XVII)
SPECIAL EGYPTE DES PHARAONS
Jean MYARD
3
Paul HALTER : La chambre d’Horus
(Le Masque n° 2510)
Thèbes au temps des pharaons : ayant visité son futur tombeau, le pharaon
Djaner repense à sa vie passée, consacrée avec le plus extrême dévouement
à son pays et ses semblables après avoir mené une brillante carrière de juge
exemplaire, et tout serait parfait s’il n’y avait eu cet « échec cuisant » au début
de sa carrière et qui ne cesse de le tourmenter depuis lors, son incapacité à avoir
pu trouver l’assassin et résoudre l’énigme incompréhensible du meurtre d’un
ami cher, le vieux sage et philanthrope Ganty. Ce dernier a en effet été assassiné,
la nuque fracassée par un objet contondant, dans une pièce entièrement vide
si ce n’est le sable qui recouvrait le sol, sans fenêtre et dont l’unique ouverture
sans battant était à la vue d’une vingtaine de témoins sur la place publique qui
attendaient leur consultation chez le médecin du coin. La minutieuse enquête
effectuée alors par Djaner révèlera que tous les protagonistes de l’affaire souhaitaient
pour différentes raisons la mort de Ganty mais que seul un être invisible
avait pu commettre l’assassinat.
Mais l’heure de la mort, ou plus exactement de la fin de la vie terrestre
va bientôt sonner pour Djaner et, comme pour tous les pharaons de l’Egypte ancienne
qui doivent à tout prix connaître la vie éternelle, il va lui aussi devoir
s’embarquer au plus profond des entrailles de la terre dans une difficile série
d’épreuves au cours des 12 heures de la nuit pour affronter et franchir 12 portails
qui écrèment et laissent en errance les âmes impures, jusqu’à l’épreuve du
jugement dernier et la pesée du coeur synonyme de futur paradis ou d’errance
éternelle. Cela va être l’occasion pour Djaner de rencontrer une dernière fois les
différents protagonistes de l’affaire qui ne cesse de le tourmenter et jusqu’au
principal d’entre eux, la victime elle-même Ganty, qui lui affirme qu’il a tous
les éléments en main, et le lecteur également, pour trouver la solution. Le vieux
sage, refusant de lui donner directement le nom de son assassin, lui fournira un
ultime indice mais Djaner continuera d’avoir la tête enfoncée dans le sable, incapable
de résoudre cette énigme. C’est finalement notre cher détective esthète
Owen Burns, le chantre de la Beauté sous toutes ses formes qui, en quelque
sorte et par échange de bons procédés, viendra à son secours, et au secours des
lecteurs, en nous révélant à tous la solution de l’énigme.
D’autres « révélations » seront d’ailleurs au « rendez-vous » car Owen
Burns et son fidèle acolyte Achille Stock seront, eux aussi, confrontés à toutes
sortes de mystères défiant l’imagination et faisant suite à la découverte extraordinaire
dans la Vallée des Rois égyptienne d’une chambre mortuaire recelant le
sarcophage et la momie, je vous le donne en mille, chers lecteurs, mais oui, du
pharaon Djaner !!! Il semblerait en effet que cette découverte ait déclenché une
terrible malédiction car tous ceux qui ont profané le tombeau sacré ont mystérieusement
succombé. Le premier d’entre eux et auteur de la découverte en
1811, un aventurier italien du nom de Belozzi, serait mort…de peur ! Mais il a
laissé un journal expliquant tous les détails de son incroyable découverte où le
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plus surprenant est que dans le caveau doublement scellé et ne comportant aucune
issue, le couvercle du sarcophage était à moitié ouvert et qu’il n’y avait pas
de momie à l’intérieur mais juste un amas de bandelettes gisant sur le sol et un
bijou en or représentant l’oeil d’Horus. Grâce à ce journal, une expédition
conduite par le professeur Barrett un siècle plus tard, parvint à localiser le lieu
du caveau du pharaon où il fut constaté et démontré que, conformément aux dires
de Belozzi qui avait affirmé avoir rebouché l’entrée et scellé le caveau avec
sa chevalière, personne ne s’était introduit dans les lieux depuis un siècle. Or, le
professeur Barrett et son équipe retrouvent la momie et ses bandelettes au fond
du sarcophage et le couvercle fermé !
La terrible malédiction continue car, en quelques mois, « accidents mortels
et maladies foudroyantes » se succèdent en frappant la douzaine de personnes
ayant participé à l’expédition et approché de très près le sarcophage et la
momie du pharaon Djaner, jusqu’au professeur Barrett lui-même qui, avant de
mourir d’une crise cardiaque, a vendu la momie égyptienne à un riche homme
d’affaires anglais, George Lomax, qui, en ce mois de septembre 1911, l’a fait
rapatrier en Angleterre et, voulant l’installer dans sa propre demeure, a prévu
une petite fête en son honneur et en présence de sa famille et de quelques sommités.
C’est au cours de cette soirée d’inauguration de la momie que George
Lomax sera mystérieusement assassiné dans son bureau clos, volets fermés et
porte verrouillée de l’intérieur. Un grand capharnaüm synonyme de lutte est découvert
dans le bureau mais il n’y a aucune trace ni de l’assassin ni de l’arme du
crime. Mais le plus surprenant est que deux témoins, la propre fille et la nouvelle
jeune épouse du défunt, affirment avoir vu la momie dans le couloir regagner
la chambre scellée où était installé le caveau. Or, les rubans scellés mis sur
la porte sont intacts mais en ouvrant le couvercle du sarcophage, on découvre
sur la poitrine de la momie une pointe de fleuret cassée ensanglantée et une
touffe de cheveux noirs dont l’analyse va démontrer sans aucun doute qu’il s’agit
bien du sang et des cheveux de la victime !!!
J’arrête volontairement ici ce déjà très long résumé mais je tenais absolument
à vous faire partager, chers lecteurs, l’essentiel des différentes énigmes
hors du commun nées de l’imagination du Maître ès Chambres Closes. Et, à la
fin de la lecture de ce « fantastique » roman, je ne peux m’empêcher de faire le
parallèle avec un autre chef d’oeuvre de Paul Halter, le sublissime « Les 12 crimes
d’Hercule » (cf La Vache qui Lit n° 70 de décembre 2005), tant les ressemblances
et affinités paraissent flagrantes entre les deux oeuvres de l’auteur alsacien.
Et j’irais même plus loin en affirmant que Paul Halter lui-même a voulu
cet hommage en multipliant les références, les « private jokes » tout au long du
présent roman. Le nombre Douze est à cet égard omniprésent du début à la fin
du livre : « une douzaine de personnes » de l’expédition Barrett sont mystérieusement
décédées, les pharaons devaient « franchir victorieusement les épreuves
de ce dangereux dédale, divisé en douze sections, correspondant aux douze heures
de la nuit, souvent séparées par douze portes ». Et Paul Halter a bien pris
soin, comme souvent, de donner des titres à ses chapitres et, présentement,
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douze de ces chapitres vont égrener au milieu d’autres les douze heures de la
nuit jusqu’à l’apothéose, le fantastique autant qu’improbable chapitre 28 évoquant
la « douzième heure de la nuit », je ne puis vous en dire plus, chers lecteurs,
mais vous comprendrez à la lecture !!! Sans oublier la référence explicite
de l’auteur Paul halter quand le narrateur Achille Stock dit n’avoir revu son ami
Owen Burns « qu’occasionnellement ces derniers mois, après l’avoir fréquenté
assidûment l’an passé pour la difficile et pénible affaire des douze crimes
d’Hercule » !!!
Sur le fond, on perçoit également de grandes similitudes entre ces deux
romans et qui traduisent bien en même temps ce que j’avais pompeusement appelé
dans une chronique antérieure la « Halter touch » permettant de reconnaître
immédiatement un roman de Paul Halter. On retrouve notamment sa marque de
fabrique, l’énigme de chambre close, et sa capacité prodigieuse, à la fois à accumuler
les crimes impossibles et à renouveler un thème dont on a souvent la
fausse impression d’avoir fait le tour. La passion de l’auteur alsacien pour la
mythologie grecque et sa propension à la faire partager, flagrante dans « Les
douze crimes d’Hercule », ressort également très fortement à la lecture de « La
chambre d’Horus » où Paul Halter prend plaisir à nous faire découvrir, notamment
dans le chapitre 4, l’histoire mythique d’Osiris et de Seth, d’Isis et bien
entendu d’Horus, le dieu à tête de faucon, de son oeil arraché par l’infâme Seth
et de sa fameuse Chambre qu’on appelle « l’espace caché » et qui permet à l’auteur
de nous en apprendre un peu plus sur l’au-delà et les croyances des anciens
Egyptiens.
Enfin, au niveau du style, on retrouve à nouveau une marque de fabrique
de Paul Halter, la construction en diptyque avec l’alternance plus ou moins régulière
de deux récits distincts dans le temps et l’espace qui évoluent tout au
long du livre pour arriver finalement à ne faire qu’un récit harmonieux. Si la
réussite avait été prodigieuse dans « Les douze crimes d’Hercule » ou encore
« Le chemin de la Lumière », Paul Halter a eu un peu plus de mal dans le présent
roman à combiner harmonieusement les deux récits. Quelques problèmes
de cohérence et de structure du récit sont apparus à certains moments du roman
et on a l’impression que l’auteur a du bricoler quelques artifices à la hâte,
l’exemple le plus flagrant pour moi étant le rajout de quelques pouvoirs supplémentaires
dédiés à l’oeil d’Horus. Le summum est atteint avec le fameux chapitre
28 de la douzième heure de la nuit où l’auteur, par la voix de Achille Stock,
se sent obligé de justifier par avance la cohérence et la chronologie de son récit
au cours d’un premier paragraphe où il prend directement le lecteur à témoin en
lui laissant « le soin de juger le crédit qu’il faut y accorder ».
Au final, à défaut d’être un cru exceptionnel comparable aux « Douze
crimes d’Hercule », « La chambre d’Horus » s’avère être un ouvrage de fort
belle facture agréable à lire où l’auteur s’est une nouvelle fois appliqué à mettre
en oeuvre les recettes qui en font son succès au niveau de l’atmosphère, du style,
de la construction de l’histoire et bien sûr des énigmes de chambre close même
si la réussite n’est pas totale, notamment au niveau des solutions qui ne sont pas
toutes à la hauteur et ne manqueront pas de susciter chez quelques lecteurs une
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certaine déception. On ne boudera cependant pas notre plaisir de retrouver à
nouveau Owen Burns et son fidèle Achille Stock dans des aventures toujours
hors du commun des mortels, et on ne saurait mieux dire présentement et on attend
avec impatience leurs prochaines pérégrinations !
Paul DOHERTY : Meurtres au nom d’Horus
(Grands Détectives n° 3992)
Thèbes, Egypte, 1479 avant JC : dans la salle du conseil du temple d’Horus,
les grands prêtres de Thèbes se réunissent en concile à la demande de la
reine Hatchepsout pour déterminer si celle-ci peut prétendre à devenir la première
femme pharaon d’Egypte. Elle a déjà été déclarée pharaon par décret divin,
a éradiqué ses ennemis, a le soutien du peuple et il ne lui manque plus que
l’assentiment des prêtres. Mais la partie est loin d’être gagnée car, à l’exception
de Hanu le grand prêtre du temple Horus et de sa jeune épouse Vechlis qui soutiennent
apparemment la cause de Hatchepsout, les autres prêtres sont nettement
plus réservés. Il est certain que si quelqu’un pouvait apporter la preuve historique
que la qualité de femme n’a pas toujours été incompatible avec la fonction
de pharaon d’Egypte, la cause en serait alors entendue.
C’est dans ce contexte qu’au coeur même du temple d’Horus, deux de ses
membres les plus éminents et soutiens publics de l’accession au rang de pharaon
de Hatchepsout, vont trépasser de manière tragique. C’est d’abord Neria, l’archiviste
et bibliothécaire en chef du temple qui meurt mystérieusement, brûlé vif
dans les escaliers d’une galerie souterraine menant au tombeau de Menès, le
premier pharaon d’Egypte, après avoir reçu un seau d’huile sur la tête puis sur
tout le corps auquel on a mis le feu pour transformer le pauvre Neria en véritable
torche humaine et ne laisser subsister de lui que quelques lambeaux de chair
noircie. C’est ensuite le Divin père Prêm, un vieux prêtre astronome et
« véritable puits de science » qui est assassiné de manière inexplicable dans sa
chambre, close, au sommet d’une ancienne tour. Son serviteur Sato venait de le
quitter et la chambre avait été comme d’habitude verrouillée de l’intérieur par le
vieux prêtre quand il entendit « un cri d’horreur et d’agonie ! ». Sato alla cher7
cher de l’aide sans s’éloigner de la tour pour pouvoir enfoncer la porte et ils découvrirent
Prêm mort le crâne fracassé. « Sato se retourna et constata que les
volets en bois étaient toujours fermés. Il les ouvrit, aspira une profonde bolée
d’air frais et regarda en bas le vertigineux à-pic. Des gardes munis de torches
levèrent les yeux vers lui. – Pas trace de la moindre échelle ni de corde ! cria un
soldat, montrant du doigt la base de la tour. Le sol est humide et boueux. On
verrait des empreintes si quelqu’un avait filé par là. Sato referma les volets. –
Qu’a dit le garde ? demanda Hani. – Votre Sainteté, celui qui a tué le divin père
n’est pas sorti par la fenêtre. – Mais c’est impossible ! s’exclama le capitaine.
La porte était verrouillée de l’intérieur ».
Ces deux crimes pouvant être considérés comme le symbole du mécontentement
divin de voir une femme devenir pharaon, Hatchepsout va charger
Amerotkê, « juge principal de Thèbes et président des tribunaux égyptiens »
mais accessoirement aussi ami de la reine, d’une bien délicate mission : « -- Tu
es un symbole de notre volonté divine, lui dit Hatchepsout. Ton esprit est aiguisé
et ton intelligence rapide. Tu soutiendras ma cause et arrêteras cet assassin
». Même aidé de son fidèle serviteur et confident, le nain Shoufoy, la tâche
ne va pas être des plus aisées : d’abord, Amerotkê est accaparé par d’autres affaires
également hors du commun. Il doit notamment juger le cas d’une femme,
Dalifa, qui se retrouve avec deux époux et celui, encore plus délicat car impliquant
deux familles du cercle royal, d’un jeune officier, Rahmose, accusé du
meurtre de deux frères jumeaux également jeunes officiers avec qui il s’était
querellé peu avant et qui ont disparu dans le mystérieux et gigantesque labyrinthe
des Terres Rouges situé en plein désert et qui abriterait un grand lion mangeur
d’hommes. Ensuite, Amerotkê va vite se rendre compte que la mission, en
plus d’être compliquée, va également se révéler très dangereuse puisqu’on va
attenter plusieurs fois à sa vie notamment à l’aide de flèches lancées par un
mystérieux archer lors de sa descente dans le caveau pharaonique, ou encore en
s’arrangeant lors d’une traversée du Nil en bateau pour qu’il soit le festin de
crocodiles assoiffés de sang ! Manifestement, quelqu’un a décidé de faire taire
le juge Amerotkê à tout jamais. Mais qui ? Et pourquoi ? Tous ces évènements
ont-ils un lien entre eux ? C’est bien entendu Amerotkê lui-même qui parviendra
à balayer toutes les ombres et les interrogations pour faire jaillir la lumière
sur toute cette histoire et rendre justice !
En matière de chambres closes, Paul Doherty n’est pas un novice puisqu’il
s’y était déjà distingué à de nombreuses reprises en nous racontant avec
bonheur les enquêtes de Hugh Corbett, espion du roi Edouard Ier (« Satan à St
Mary-le-Bow », « L’ange de la mort », « L’assassin de Sherwood »…) ou plus
récemment celles de Telamon, un proche d’Alexandre le Grand (« La mort sans
visage », « L’homme sans dieux », ou « Le manuscrit de Pythias »). Il choisit
cette fois-ci avec sa nouvelle série historico-policière de nous faire partager l’univers
de l’Egypte ancienne, celle des pharaons de la période du 15ème siècle
avant Jésus Christ avec, comme le dit si bien l’auteur dans son avertissement
préalable au roman, une civilisation brillante dominée par les soldats, les prêtres
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et les scribes, où la religion joue un rôle primordial et où la quête de pouvoir, et
notamment « le trône royal est toujours objet de convoitise et d’intrigues sanglantes
».
Une nouvelle fois, Paul Doherty arrive à s’imprégner de cette atmosphère,
de ce contexte historique qu’il maîtrise si bien pour faire naître de son
imagination débordante une intrigue remarquablement bien construite qui tienne
en haleine le lecteur tout au long du récit avec, ô bonheur suprême, ici encore
comme c’est souvent le cas une énigme de chambre close de fort belle facture.
Cette symbiose entre Histoire et récit policier, accentuée encore par l’avertissement
préalable avec sa carte de l’Egypte et la note finale de l’auteur, est si parfaitement
réalisée que Paul Doherty a réussi à me donner l’impression que je ne
lisais pas un roman mais un document historique sur l’Egypte ancienne avec
l’envie justement de me documenter et d’en savoir plus sur cette période et cette
civilisation. Et je pense en écrivant ses romans que le but de l’auteur, par ailleurs
professeur d’histoire médiévale, est de faire partager au lecteur, par un autre
moyen que l’enseignement, sa passion pour l’Histoire sous toutes ses formes,
qu’il s’agisse de l’Egypte des pharaons comme dans le présent roman ou de bien
d’autres périodes de tous temps. Car n’oublions pas que l’auteur, véritable stakhanoviste
de l’écriture, a utilisé de nombreux pseudonymes pour traduire l’expression
de son immense talent et rassasier son féroce appétit et que sous les
noms de Paul Harding (pseudonyme pour nous conter les aventures de frère
Athelstan, un dominicain du 13ème siècle), de C. L. Grâce (s’agissant cette fois
des aventures de Kathryn Swinbrooke, apothicaire à Cantorbéry au 15ème siècle)
ou de Ann Dukthas (nous racontant les enquêtes de Nicholas Segalla le voyageur
du temps) se cache un seul et même auteur, le prolifique Paul Doherty !
Alors chapeau bas et continuez à la fois à nous instruire et à nous faire voyager
et rêver avec votre imagination fertile et débordante et merci, Monsieur Paul
Doherty !
A travers l’étude et l’analyse détaillée de ces deux romans de Paul Halter
et Paul Doherty, c’est une nouvelle approche thématique, celle de l’antiquité
égyptienne, qui m’a permis de continuer à vous faire partager ma passion sachant
que mon objectif principal, tout au long de ces numéros spéciaux de La
Vache qui Lit, n’a pas changé : c’est d’apporter ma petite pierre à l’édifice pour
permettre de toujours mieux faire connaître au lecteur la grande histoire du
thème de la chambre close dans toute sa richesse et sa diversité et surtout de lui
donner envie de lire sur ce thème pour que les éditeurs soient eux-mêmes incités
à continuer de publier les oeuvres d’auteurs de talent sur le sujet ou d’éditer ou
rééditer des oeuvres majeures soit introuvables actuellement soit qui n’ont même
jamais eu l’honneur d’une première édition en France. Faut-il rappeler ici qu’il
aura fallu attendre un siècle pour voir éditer en France « Le mystère de Big
Bow », le tout premier roman de chambre close et véritable petit chef d’oeuvre
de Israël Zangwill. Et on attend toujours en vain la publication pour la première
fois en France d’autres chefs d’oeuvre du genre comme « The Woman in the
9
Wardrobe » de Peter Antony ou « Six were to die » de James Ronald ou encore
la réédition des romans de Noël Vindry. Et ne parlons même pas d’une publication
de la suite des aventures du Docteur Hawthorne du regretté Ed Hoch ou
même de tout nouveau recueil de nouvelles de chambre close qui devient problématique
et ce n’est pas notre ami Roland Lacourbe qui dira le contraire, lui
qui a de plus en plus de mal à convaincre les éditeurs. Alors, si ces modestes
chroniques peuvent remettre au goût du jour ce thème de la chambre close et
donner envie de lire et d’acheter des ouvrages sur ce thème et ainsi créer un cercle
vertueux permettant aux éditeurs d’être moins frileux en OSANT publier des
ouvrages sur ce thème, elles auraient atteint leur but et c’est avec grand plaisir
que je continuerais à essayer de trouver un angle de vue pour vous faire partager
mes coups de coeur et toujours enrichir la grande histoire du thème de la chambre
close.
BONUS DE LECTURE ET COUP DE COEUR
Dominique FUND : Le labyrinthe d’Amenemhat
(Ed. La Bruyère)
En ce mercredi 14 juin et comme à son habitude, la jeune secrétaire du
British Muséum de Londres, Kimberley Harrison, profite d’être en avance à son
travail pour revisiter encore et encore la galerie réservée aux antiquités égyptiennes
et assouvir sa passion pour cette civilisation. Mais cette visite quotidienne
n’aura malheureusement pas lieu les jours suivants car la jeune femme,
ayant choisi de faire sa pause déjeuner sur un banc de Russel Square n’est pas
réapparue à son travail l’après-midi et semble avoir mystérieusement disparu !
Ce même jour à Paris, le capitaine Benjamin Morlet et le lieutenant Virginie
Lavezac sont informés par le directeur du musée du Louvre qu’un de leurs
gardiens, Jean-Claude Béranger, un modèle de sérieux et de ponctualité, s’est lui
aussi mystérieusement volatilisé : il a bien quitté son domicile comme chaque
matin à 8 heures pour prendre son service à 9 heures mais il n’est jamais arrivé
au Louvre !
Le comble est atteint quand le directeur du musée du Louvre reçoit, devant
les deux policiers français, un appel de son ami le directeur du musée de
l’Ermitage de St Petersbourg lui annonçant que le responsable de l’entretien de
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son musée, Vladimir Markov, a lui-même disparu de manière inexplicable le
matin même de son lieu de travail.
Un mystérieux message codé quasi similaire a été envoyé aux différents
policiers anglais, français et russes laissant à penser à un triple enlèvement et, le
cachet de la poste étant de Paris sur chacune des trois lettres, il est conjointement
décidé entre les différents services de police que les inspecteurs de Scotland
Yard, Walter Pierce et Jack Mac Allister, ainsi que leurs homologues russes,
Tatiana Yachine et Boris Manguliev, rejoignent leurs collègues français à
Paris pour unir leurs forces et leurs compétences et mener une enquête
conjointe. Les différents renseignements mis en commun leur permettent de
mettre en exergue le fait que, outre la passion de Kimberley Harrison pour l’Antiquité
égyptienne, Jean-Claude Béranger était gardien des salles du Louvre réservées
à l’Egypte ancienne, et Vladimir Markov a été enlevé dans la salle des
antiquités égyptiennes du musée de l’Ermitage.
Le doute n’est plus permis sur ce point commun « égyptien » reliant ces
trois étranges disparitions avec la réception d’un nouveau message adressé nominativement
aux six policiers chargés de l’enquête : ces trois mystérieux enlèvements
semblent être l’oeuvre d’un illuminé qui parsème ses messages de hiéroglyphes
et qui s’identifie à Amenemhat, un pharaon de la douzième dynastie
ayant régné sur l’Egypte ancienne au 19ème siècle avant Jésus Christ. Et il semble
que ce mystérieux et insaisissable personnage ait décidé de défier la police,
de jouer avec elle à cache-cache, au jeu du chat et de la souris, à une course
contre la montre qui va se révéler de tous les dangers et qui ne pourra se terminer
que de manière tragique. Mais pour qui ?
La réponse, vous l’aurez, bien entendu chers lecteurs, en dévorant
comme je l’ai fait « Le labyrinthe d’Amenemhat », un roman qui ne contient pas
de mystère en chambre close mais dont l’évocation, en la circonstance, me paraissait
tout à fait pertinente et pour tout dire assez évidente, eu égard au thème
de l’Egypte des pharaons, au coeur de mon article et de ce tout premier roman de
Dominique Fund. Et pour un coup d’essai, on peut dire que c’est un coup de
maître car l’auteur a su bâtir une intrigue captivante et pleine de suspense avec
une entrée en matière, la disparition surprenante et inexplicable le même jour de
trois personnes travaillant dans trois des plus grands musées d’Europe, digne
des plus grands et ne pouvant provoquer chez le lecteur que le désir ardent d’en
savoir plus et d’essayer de décrypter les méandres de cette brillante histoire née
de l’imagination de Dominique Fund. Mais au-delà de l’histoire elle-même,
l’auteur a voulu et su remarquablement mettre en exergue quelques idées et valeurs
essentielles de notre civilisation et de notre vie quotidienne auxquelles il
croit fortement et qu’il avait envie de faire partager aux lecteurs. Quelques idées
apparaîtront « bateau » pour certains car partagées par le plus grand nombre
alors que d’autres sembleront plus pointues mais toutes offriront au lecteur sujet
à réflexion et méditation : l’ouverture d’esprit pour comprendre et accepter la
différence d’autrui, la force du travail en équipe, l’inadéquation désenchantée
entre l’investissement énorme consenti et le résultat obtenu dans certaines pro11
fessions comme celle de policier, l’importance du parler comme réconfort et
soulagement face aux difficultés de la vie ou encore « les erreurs qui ne doivent
pas faire oublier les qualités et les actions positives réalisées ».
J’arrête là mon énumération qui pourrait sembler rébarbative et donner
une fausse impression de donneur de leçons de l’auteur mais c’est justement
tout le talent de Dominique Fund, grâce à un style d’écriture composé essentiellement
de phrases simples et courtes avec des dialogues pas trop omniprésents
et souvent entrecoupés des sentiments des différents personnages, d’avoir su
intégrer tout à la fois parcimonieusement et harmonieusement quelques réflexions
personnelles à une intrigue solide et bien charpentée, agrémentée de
quelques petites pincées de savoir et de culture historique fort à propos. Le tout
donne un roman facile et très plaisant à lire. Chapeau bas et merci, Monsieur
Dominique Fund ! On attend votre prochain roman avec impatience ! Et si, en
plus, il pouvait y avoir un petit mystère de chambre close, ce serait la cerise sur
le gâteau !
Jean MYARD
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BULLETIN D’ADHESION
INFOS / INFOS / INFOS / INFOS / INFOS
ISSN 0999-8276
 LA TÊTE EN NOIR - N° 161 , mars avril 2013
Dernier numéro du fanzine angevin avec toujours les mêmes chroniqueurs, et
une petite histoire du Juge Ti, personnage créé en 1950 par Robert Van Gulik,
diplomate néerlandais, proposée par Claude Mesplède.
LA TÊTE EN NOIR : 3, reu Lenepveu - 49100, ANGERS
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LIRE A LIMOGES
DIMANCHE 7 AVRIL 14 h :
CONFERENCE :
LES AVENTURIERS DU CERCLEPOLAR
Animée par Gérard MEUDAL, journaliste,
avec Hervé CLAUDE, Pierre D’OVIEDO, et Olivier TRUC
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« Les auteurs de polar entraînent leurs lecteur dans des voyages de plus
en plus exotiques (…) Mais certains d’entre eux s’intéressent plus particulièrement
à des civilisations méconnues, oubliées ou menacées. Ils
équipent donc leur enquêteur des outils de l’ethnologue … »
….

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Re: la Vache qui lit

Message  Gregory le Mar 2 Avr 2013 - 19:04


Je ne connaissais pas Le labyrinthe d’Amenemhat, mais je prends note.

"Nous n’avons d’autre choix que le noir"...C'est souvent la réflexion désabusée que je me fais en furetant dans le rayon polar des librairies.

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Re: la Vache qui lit

Message  hélène le Mer 3 Avr 2013 - 20:14

Eh oui ! Avec le constat que certains bouquins jouent la surenchère dans l’horreur.

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Re: la Vache qui lit

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