Le Violon du diable - Preston et Child

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Le Violon du diable - Preston et Child

Message  meurdesoif le Mar 4 Mar 2014 - 13:26

Pas le temps de s'attarder à planter une atmosphère, présenter un microcosme... Preston et Child écrivent efficacement : il ne faut que 2-3 pages à la femme de ménage (forcément latino) pour découvrir son patron enfermé dans son grenier, affalé sur le sol, carbonisé comme une merguez. Et comme il n'y a pas de barbecue mais des signes cabalistiques, on soupçonne Lucifer. Enfin, le Malin, pas les allumettes, elles aussi absentes de la scène de crime. On a déjà la moitié du titre; en plus, comme Satan est partout, il n'a pas d'alibi.

Mais l'Inspecteur Aloysius Pendergast (il paraît que le nom est français), flanqué d'un acolyte flic sur le retour (c'est plus qu'une expression) a des doutes : il pense que ce cas de combustion humaine spontanée est le fait d'un assassin bien humain. Et la série noire continue, ce qui épaissit le mystère sur le comment en même temps que les suspects partent en fumée. Du coup, plus besoin d'enquête sur le nom du tueur, le dernier qui reste a perdu. Dommage, car les capacités intellectuelles de cet enquêteur du FBI mais à part, ont l'air aussi surnaturelles que les circonstances des meurtres. Il est aussi supérieurement cultivé en histoire de la peinture, mais n'aime pas l'opéra. Il a plus de maisons que Cadet Rousselle, dont une où il cache sa protégée chargée de fouiller sa bibliothèque immense et fournie pour trouver des informations qu'on pourrait trouver en quelques clics sur Internet.

L'action est éclatée en de nombreux courts chapitres -- les pages se tournent en effet toutes seules à un rythme soutenu -- qui s'apportent mutuellement du suspense en s'interrompant les uns les autres, mais sans vraiment agacer. De toute manière, l'intrigue part assez vite dans tous les sens : les héros échappent à des traques par des tueurs à gages, une sorte d'Erich von Däniken délirant prophétise la fin du monde, vite suivi par un troupeau d'illuminés, un méchant vraiment méchant veut vendre de la technologie top secrète à des Chinois (c'est mal, mais qu'est-ce qu'ils font là ?), et finalement, FINALEMENT, on nous parle du violon, un Stradivarius au moins, perdu puis retrouvé, tout comme le frère d'Aloysius, sorte de Mycroft-Moriarty qui arrive on ne sait d'où pour probablement tirer les ficelles. On se transporte de quartiers cheloux de Brooklyn en palais florentins, de labos ultra-secrets et ultra-sécurisés en oubliettes sépulcrales. Après avoir s'être désigné lui-même par élimination des autres suspects, le coupable profitera de tenir à sa merci les héros pour leur expliquer tout son plan, ce qui est gentil, avant d'aller vaquer à d'autres occupations et de les laisser aux mains de ses sbires nettement moins doués, ce qui est ballot pour lui. Et ce n'est pas fini, mais on ne va pas tout spoiler non plus.

En tout cas, on ne s'ennuie pas, le tableau a l'air foutraque mais les pièces du puzzle tiennent quand même entre elles en n'étant pas trop regardants sur la vraisemblance; même la CHS trouve une explication un peu gogo-gadgéto-gadget, mais pas plus abracadabrantesque que le reste. Les deux étoiles du Guide Mille-Un sont pour moi tout-à-fait juste. Une agréable lecture sur fond de surnaturel, réjouissante (parfois à lire au deuxième degré), vivante, avec elle aussi ses clichés et ses tics. Moi qui avais lu "l'Autobus évanoui" de Léon Groc il n'y a pas si longtemps, j'ai curieusement trouvé une forme de parenté entre les deux, une filiation qui aurait ignoré et Dickson Carr et Raymond Chandler.

meurdesoif

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