Un bien étrange fantôme

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Un bien étrange fantôme

Message  RipperReed le Dim 28 Juil 2013 - 20:48

Un bien étrange fantôme

Twist scruta l’horizon azur avec un sourire satisfait.
Une mer turquoise. Un soleil éclatant et de magnifiques petites criques surmontées de promontoires abrupts…le décor que lui livrait la terrasse de l’hôtel Poséidon le mettait toujours dans le même état de satisfaction…quelles étaient loin les brumes londoniennes.
L’année dernière, ses vacances grecques au même endroit n’avaient pas été de tout repos. Il avait résolu avec brio la fameuse histoire de « La balle de Nausica ». Pourtant c’était cet endroit qu’il avait à nouveau choisi pour ses vacances.
-Je ne veux vraiment pas vous embêter avec mon histoire.
Un faible sourire passa sur les lèvres du criminologue. Il leva son verre d’eau de Seltz.
-Vous ne m’embêtez absolument pas M. Johnson. Absolument pas.
M. Johnson avait la quarantaine. Un embonpoint conséquent et une peau de roux qui supportait difficilement le soleil méditerranéen.
-Vous comprenez, c’est le patron de l’hôtel qui m’a rapporté vos exploits de l’année dernière. Je me suis dit que vos lumières me permettraient d’y voir plus claire dans une histoire qui nous turlupine depuis plus d’un an.
La saison était calme. Twist avait donc facilement remarqué ces autres clients de l’établissement. Mr Johnson, son épouse, une femme relativement effacée, et Paul, leur garçon adolescent qui s’était déjà fait remarquer par les autres clients par le nombre de ses blagues. La veille, il avait échangé les chaussures que les touristes laissaient sur le pas de leur porte pour les faire cirer….
-Dites-moi tout, fit Twist d’un air paisible. Un peu d’exercice fera le plus grand bien à mes cellules grises.
Un sourire réjouit ourla les lèvres épaisses de Johnson.
-Alors voilà, commença-t-il. Ma femme est moi avions acheté une maison dans le Sussex. Une petite bâtisse que nous avons eue pour une bouchée de pain. En effet, il courrait d’étranges rumeurs. Elle aurait été hantée par le fantôme d’un jeune enfant…Vous voyez le type de superstition stupide…qui en l’occurrence a fait baisser le prix de la résidence. Nous y avons emménagé il y a deux ans. Tout se passait très bien, avant les évènements de l’année dernière.
Twist plissa les yeux, aveuglé par les réverbérations.
-Oui ? s’enquit-il, intéressé. Que s’est-il passé ?
Johnson souffla fort.
-Et bien voilà…ma femme et moi étions sagement installés dans le salon. Quand soudain, des bruits répétitifs ont retenti au-dessus de nos têtes. C’était…comme si quelqu’un marchait à l’étage au-dessus.
-Et alors ? Qu’y a –t-il là de mystérieux ?
-ET bien, il faut que je vous explique la disposition des lieux. Au-dessus du salon se trouve un grenier. Et dans le fond du grenier, une simple pièce qui sert à remiser quelques vagues objets hétéroclites. Cette pièce ne possède aucune fenêtre. Elle est fermée par une porte munie d’une solide serrure. J’ai moi-même fermé cette porte juste après notre aménagement. En un an, personne n’est rentré dans cette pièce. En effet, je garde toutes les clés de la maison dans un coffre, dans ma chambre. Je suis le seul, avec mon épouse, à connaître la combinaison du coffre.
-Et donc ? Qu’avez-vous fait, votre femme et vous ?
-Nous sommes allés chercher la clé de la pièce d’où semblaient provenir les pas mystérieux. Nous sommes montés dans le grenier. Rien d’anormal. Nous sommes allés devant la pièce. La porte était toujours fermée. J’ai fait tourner la clé dans la serrure, qui a grincé. Je suis persuadé que personne n’avait dû l’actionner en un an…Et là…
-Oui ?
-C’était incroyable. En un an, la poussière s’était accumulée dans cette pièce sous les combles, vous pouvez l’imaginer. Un épais tapis pelucheux recouvrait le parquet, ainsi que les rares objets…Seulement…il y avait des traces de pas sur le parquet !
Le sourcil du criminologue frémit.
-Des traces de pas ?
-Oui, confirma Johnson, atterré. Au moins une dizaine de traces de pas. Des traces de pas d’enfant. Comme-si…comme si gamin venait de jouer dans cette pièce ! Or il n’y avait personne ! Ma femme et moi étions prêts à le jurer. La luminosité était faible, mais tout de même…
-La pièce se situe sous les combles m’avez-vous dit ? Est-ce que personne n’a pu entrer et sortir simplement en déplaçant quelques tuiles du toit ?
-C’est ce que nous avons pensé bien sûr. Or toutes les tuiles sont recouvertes d’une épaisse couche de mousse. Impossible de passer par là sans laisser de traces…Vous comprenez donc mon trouble, à mon épouse et à moi-même. Nous ne croyons pas aux fantômes. Mais là…
Johnson considéra avec stupéfaction l’éminent détective qui partit dans un grand éclat de rire.
-Mais, qu’est-ce qui provoque votre hilarité ?
-La blague, M. Johnson.
-Quelle blague ?
-Mais la blague que vous a faite votre fils, à vous et à votre femme.
-Comment ça, s’exclama-t-il, offusqué ?
-Allons, ne vous énervez pas. Rien de bien méchant. Et je dois avouer que votre fils est particulièrement ingénieux, pour monter un tel stratagème. Vous connaissez bien sûr son goût pour le canular ? Tout le monde dans l’hôtel est d’ailleurs au courant. Il est particulièrement patient, car il lui a fallu au-moins une année pour vous berner. Comment si est-il pris ? Il a découpé dans un fin papier cartonné une dizaine de pièces ayant la forme de semelles de chaussure d’enfant. Il les a fixées sur des longues et très fines tiges en bois. Il a orienté ces fausses semelles avec des angles différents, pour bien vous faire croire que le garnement avait couru dans tous les sens. Il devait avoir au-moins quatre ou cinq tiges de cette sorte. Puis il a fait passer les tiges avec les pièces cartonnées en forme de semelles sous le rai de la porte. En prenant bien soin de glisser les tiges dans les interstices entre les lames du parquet. Il a donc laissé ainsi tout son système pendant un an. La poussière s’est accumulée sur le parquet de la pièce close et abandonnée, sauf à l’endroit où se trouvaient les pièces cartonnées en forme de semelles de chaussure. Au bout d’un an, il est revenu devant la porte de la pièce du grenier. Et délicatement, il a tiré sur l’extrémité des fines et discrètes tiges en bois. Car il avait bien sûr pensé à les laisser dépasser de sous la porte de un ou deux centimètres. Comme les tiges étaient insérées au niveau des interstices entre les lattes du parquet, elles n’ont pas laissé de traces. Et ainsi, vous vous retrouvez avec un parquet recouvert d’un épais tapis de poussière…et les traces de pas d’un enfant qui semble juste s’être amusé. Et pour vous attirer, votre épouse et vous, votre fils s’est sans doute contenté de marteler le parquet sur le seuil de la porte close avec un marteau…Suffisant pour vois faire croire que le fantôme trottinait à l’intérieur de la pièce !


RipperReed

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